La parole des Indiens d’Amérique: raconter la sagesse et la souffrance

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Les great plains américaines

J’ai trouvé dans la bibliothèque de mon père un petit livre, avec des paroles, poèmes ou prières amérindiennes, certaines d’inconnus, d’autres du célèbre Sitting Bull. Leurs paroles d’un autre âge m’ont beaucoup ému, elles racontent un monde où les indiens vivaient en harmonie avec eux-mêmes et la nature, monde qui fut détruit, violé, saccagé sans vergogne par l’homme blanc. Un crime à la fondation de l’identité américaine qui les a poursuit et les hante jusqu’en ces jours d’abomination trumpienne :

« Quand le dernier homme rouge aura péri, et que le souvenir de ma tribu sera devenu un mythe parmi les hommes blancs, ces rivages s’animeront des morts invisibles de ma tribu; et quand les enfants de vos enfants se croiront seuls dans les champs, les boutiques ou dans le silence des bois sans chemin, ils ne seront pas seuls (…)

La nuit, quand les rues de vos villes seront silencieuses et que vous les croirez désertes, elles seront remplies de multitudes de revenants qu’elles contenaient jadis et qui aiment encore ce beau pays. L’homme blanc ne sera jamais seul.

Qu’il soit juste et traite mon peuple avec bonté, car les morts ne sont pas sans pouvoir. Morts, ai-jedit? Il n’y a pas de mort. Seulement un changement de mondes. « 


Chef Seattle, indien dwamis, Déclaration de Port Eliott 1855

Guerries Sioux

Les nouveaux arrivants sont incapables de comprendre les Indiens, ni de respecter leur mode de vie. Les hommes blancs sont affectés d’un mal sans remède, et dans les mots de Sitting Bull qui écrit: « l’amour de posséder est chez eux une maladie » et encore, observation toujours confirmée: « Ils prélèvent des taxes sur les pauvres et les faibles pour entretenir les riches qui gouvernent ». L’imcompréhension entre ces deux mondes est totale:

« Quelle loi ai-je violé?
Ai-je tord d’aimer ma propre loi?
Est-ce mal pour moi parce que j’ai la peau rouge?
Parce que je suis Sioux?
Parce que je suis né là où mon père a vécu?
Parce que je suis prêt à mourir pour mon peuple et mon pays? »


Sitting Bull, chef sioux hunkpapa (1831-1890)

William Notman & Son, Sitting Bull, Montreal, 1885 | Art ...
Sitting Bull

Alors qu’aujourd’hui nous sommes confrontés aux limites matérielles et spirituelles du modèle de développement à l’Occidentale, j’aimerai partager les mots et la sagesse de ces hommes et femmes. Des petits éclats comme:

« Qu’est ce que la vie?
C’est l’éclat d’une luciole dans la nuit.
C’est le souffle d’un bison en hiver
C’est la petite ombre qui court dans l’herbe
Et qui se perd au coucher du soleil »


Crowfoot, chef blackfeet (1821-1890)

Qui, je trouve, ne manque pas de ressembler aux images poétiques japonaises. On y retrouve l’expression d’un amour pour la Terre mère, une unité, et un profond respect pour les plantes et les animaux:

« Vous me demandez de labourer la terre. Dois-je prendre un couteau et déchirer le sein de ma mère? Alors quand je mourrai, elle ne voudra pas me prendre dans son sein pour que j’y repose »

Smohalla, indien nez-perçé

Native American Pow Wow & Dance – Sheridan WYO Rodeo
Danse de Pow Pow dans l’Amérique moderne

Ils étaient des invités sur leurs terres et en prenaient soin. Multitudes de peuples, les indiens d’Amérique comptaient des tribus nomades et chasseuses, et de grandes cités, dont ils ne restent rien. Culture orale, il nous reste peu sur leur histoire, comment ils gouvernèrent et firent justice, comment ils vécurent et aimèrent. Aujourd’hui leurs descendants ont l’importante mission de toujours partager, conserver et réinventer. Et pourant, si seulement nous avions pu écouter un peu, au lieu de parler autant :

« Le silence est l’équilibre absolu du corps, de l’esprit et de l’âme. L’homme qui préserve l’unité de son être reste à jamais calme et inébranlable devant les tempêtes de l’existence – pas une feuille qui bouge sur l’arbre, pas une ride à la surface étincelante du lac – voilà, aux yeux du sage illettré, l’attitude idéale et la meilleure conduite de vie.
Si vous lui demandez: « Qu’est ce que le silence? », il répondra: « C’est la maitrise de soi, le courage vrai ou l’endurance, la patience, la dignité et le respect. Le silence est la pierre angulaire du caractère. »


Ohiyesa, écrivain indien contemporain