Respect Musiyiwa : La volonté d’éradiquer la pauvreté et le chômage à travers l’agriculture et le business.

[English Version] Entretien avec l’entrepreneur social zimbabwéen sur son parcours, sa vision, et pourquoi les programmes de développement doivent changer.

Rencontrer Respect Musiyiwa, c’est se rendre compte de l’intransigeance du chemin à parcourir pour certains. Etudiant en deuxième année à l’université EARTH en tant que boursier MasterCard, Respect est un entrepreneur social actif, avec de nombreux projets en cours dans son pays d’origine, le Zimbabwe.

                Mais ça n’a pas toujours été comme ça. Respect est né et a grandi dans la région rurale de Chiweshe et a dû relever de nombreux défis avant de devenir l’entrepreneur qu’il est aujourd’hui à 32 ans. J’ai eu la grande chance de pouvoir le rencontrer à l’Université EARTH et discuter avec lui de son parcours.

Ça commençait mal. Après le décès de sa mère à cause de l’épidémie de HIV/AIDS, et incapable de payer les frais de scolarité, Respect quitta l’université pour revenir à Chiweshe. Ses efforts pour devenir un entrepreneur naquirent de ce moment difficile, comme il l’explique sans se cacher :

R : Beaucoup de gens ne vous comprennent pas et ne font pas attention à vous quand vous venez des zones rurales. Il y a beaucoup de stigmatisation. La perte de mes deux parents à cause du SIDA, et la stigmatisation qui s’ensuivit, furent très difficiles. Je suis né hors mariage et mon père n’a jamais reconnu sa responsabilité paternelle. Ma mère n’était qu’une jeune et pauvre paysanne, et c’était très dur

Pour moi, être un entrepreneur social est lié à mon histoire personnelle. J’ai été confronté à de nombreux défis et problèmes. J’ai dû devenir un entrepreneur pour m’aider et aider ma communauté.

Je réfléchis souvent sur d’où je viens, pourquoi je suis ainsi et où je vais. J’ai transformé ma passion en ma profession et pour moi, être attaché à mes racines me permet d’avancer.

Il s’est vite rendu compte qu’il y a avait peu d’opportunités et de travails dans sa communauté et décida donc de changer les choses pour lui-même et les autres.

Tout a commencé avec deux clubs de jeunesse appelés Youth Network Club and Youth Initiative against Marginalization, pour unir la jeunesse locale affectée par les mêmes problèmes. Éventuellement les deux clubs furent dissous à cause de problèmes avec des politiciens locaux et le chaos politique général du pays en 2011.

Respect continua tant bien que mal son éducation en s’inscrivant dans des associations ou des formations, tout en continuant son engagement avec la jeunesse et en travaillant sur des fermes pour subvenir à ses besoins.

Après des années d’efforts et de focus, son premier succès eut lieu en 2012 quand il reçut 5000$ du YET Trust through Global Entrepreneurship Week Programme. En 2015, il reçut une subvention de 50.000$ d’un programme du PNUD pour établir le The Center for Agro-entrepreneurship  and Sustainable Livelihood (CASL), une organisation communautaire pour l’émancipation des jeunes qui soutient la création d’agribusiness durables et un meilleur accès aux marchés pour les producteurs locaux, et offre des formations en business, finance et agriculture.  

Respect et son équipe à CASL se concentrent sur le transfert de compétences et des formations entrepreneuriales

A partir de là, Respect et son équipe ont continué de développer de nouveaux projets en capacitation des populations rurales, agriculture et technologies.

A : Combien de projets avez-vous en ce moment ?

R : Nous avons un projet appelé  ECO CONNECT  et un appelé CASL, the Center for Agro-entrepreneurship and Sustainable livelihoods, que nous utilisons pour créer un impact social

ECO CONNECT est une entreprise sociale de transformation d’aliments. L’idée dernière le projet est qu’aujourd’hui 40% de la nourriture produite est soit perdue soit gâchée avant d’être consommée.

Nous avons essayé de mettre au point des techniques de transformation alimentaire durables et faisables dans les zones rurales pour que les paysans puissent vendre leurs produits sans devoir aller jusqu’à la ville.

Nous avons construit un séchoir solaire, basé sur le modèle de séchoir solaire que nous avons à l’université. J’ai essayé d’innover pour faire la même chose dans ma communauté en utilisant nos ressources locales.

Le séchoir solaire a été construit avec du bois, des briques, un design simple mais effectif

Respect est incroyablement proactive dans la recherche de financements pour ses projets. Ses entreprises sociales ont gagné pas loin de quinze compétitions et récompenses à ce jour. En 2018, ECO CONNECT a sécurisé 15.000$ de fonds de deux compétitions différentes.

Le projet a gagné la récompense Green Innovators, financée par deux associations SNV et UNICEF, et la compétition africaine réunissant les jeunes entrepreneurs de tout le continent organisée par la fondation Tony Elumelu (TEF) et le programme GIZ-Entrepreneurship. Cette dernière était extrèmement compétitive et demeure à ce jour ‘sa plus grande réussite en tant qu’ entrepreneur social’

A : Quelle est votre vision après avoir obtenus ces deux subventions ?  Qu’envisagez-vous pour ECO-CONNECT ?

R : Nous travaillons beaucoup pour établir notre marque. On a une boutique en ligne. Nous voulons produire des produits de qualité avec une marque reconnaissable et un bon marketing. Je suis toujours sur les réseaux sociaux, à poster, discuter avec des collaborateurs potentiels. Je suis toujours en train d’innover et de créer des idées qui peuvent résoudre les problèmes de ma communauté. Mais ces idées doivent être dans perspective commerciale.

Respect comprend bien que le succès de ses entreprises dépend de leur capacité à être viables financièrement. L’entreprise souhaite investir dans de nouveaux séchoirs solaires et à terme investir dans un système au gaz pour augmenter la production et viser les marchés d’export.

Tout repose sur le travail en équipe!

En tant qu’entrepreneur social, son engagement et les liens avec son équipe et sa communauté les clefs de ses succès. Il démarche localement et à l’étranger et réalise des connections qui favorisent la croissance de ses projets et de la communauté.

R : Mon plus grand avantage est mon capital social. Les leaders de la communauté et les jeunes me soutiennent. J’étais un représentant des jeunes dans de nombreux projets communautaires au niveau local et régional. Ils m’apprécient et reconnaissent mon travail. C’est pourquoi je suis toujours sur les réseaux sociaux. J’essaye de maintenir les liens avec ma communauté. Je parle à mes camarades et ils savent que je suis toujours le même, malgré les succès

Grâce à CASL et des partenariats avec les autorités, son équipe a formé des centaines de jeunes et de femmes aux compétences de gestion des PME et à l’agriculture. Ils travaillent étroitement avec des fermiers locaux et sont en train de construire vingt petits séchoirs solaires pour les donner. Ils emploient des jeunes et des femmes de la communauté.

Pour Respect, les entreprises sociales sont la réponse à des défis comme l’insécurité alimentaire ou l’exclusion économique. A la fin de l’interview, il me parle des échecs qu’il perçoit dans les programmes de développement étrangers.

R : En grandissant j’ai vu beaucoup de donneurs et de fondations venir et injecter des dollars dans ma communauté, mais sans changements significatifs. Ils échouent car ces organisations ne nous voient que comme des cas de charité. Ils nous voient comme incapables de penser par nous-même, et oublient que nous possédons notre propre organisation sociale, notre propre système, qui doivent être appréciés, notre propre capacité à nous développer si nous recevons le bon type d’aide.


Je pense que les entreprises sociales sont la solution aux défis globaux et sociaux


Le plus important c’est d’avoir un engagement honnête avec la communauté avant de mettre au point une solution. Vous devez venir et vous asseoir avec nous, avec une contribution et une participation active pour que quand vous reveniez avec le projet ou le produit ou la solution, vous faites partis du système. C’est une question d’inclusion sociale.


Je suis très reconnaissant de faire partie de la fondation MasterCard qui nous offre une plateforme pour que nos histoires soient entendues et nos idées développées.

Ceci est juste le début de l’aventure de Respect. Son prochain défi est de créer une plateforme en ligne qui relierait fermiers et acheteurs pour augmenter les liens des fermiers avec le marché et leurs sources de revenus.

Pour en savoir plus    

Une vidéo sur les actions de Respect et son équipe

University dropout ploughs back to community

Local NGO empower rural women, youths

 Respect Rungano Musiyiwa: A Student with a Vision

Center for Agro Entrepreneurship and Sustainable Livelihoods (CASL) TODAY:

  • Training and conference facilities to accommodate up to 300
  • Agricultural library with internet facility
  • 20 Greenhouses (measuring 30m X 14m)
  • 26 Fish ponds
  • Piggery, Poultry, and Apiary facilities
  • Tree nursery, Vermiculture, Liquid manure tanks, Organic agriculture, Bio digester, Mushroom Growing Houses, Farm fresh produce kiosk, Drip irrigation, 3 solar powered boreholes, Solar driers, Grading sheds and 600m irrigation canal.
  • 9 months practical training in Sustainable Agricultural Entrepreneurship, Agro-ecology and Natural Resources Management

ECO CONNECT TODAY                                           

ECO-CONNECT (Ecological Connect) we are a social food processing company offering a well packaged product portfolio of dehydrated, nutritious, natural and affordable food. We are glad to be a recipient of the Green Innovators Award Zimbabwe 2018. Our product portfolio consists of;

1. Natural food powders produced from dried fruits, vegetables and trees.
2. Dried natural fruits and vegetables.
3. Natural and herbal teas.

Work with smallholder farmers, youth, women and people living with HIV/AIDS