Exprimer les impressions (FR/EN)

Rencontre avec les impressionistes dans les musées de Paris

In English

                Je ne suis pas une grande fan de peinture. Souvent, les tableaux ne suscitent que peu d’émotions pour moi, ils ont au mieux un intérêt historique, pictural, parfois même comique, mais restent impénétrables. Mais les impressionnistes, et en particulier Monet, ont réussi à éveiller une sensibilité pour la peinture que je pensais définitivement enterrée. Lors de deux passages à Paris, je pris le temps de visiter le Musée Marmottan, où sont exposés la majorité des Monet, et récemment la Fondation Louis Vuitton, qui accueille une exposition de toiles impressionnistes du philanthrope et collectionneur Courtauld.

Le Déjeuner sur l’herbe de Manet

                Je ne m’y connais pas suffisamment en histoire de l’art pour expliquer l’impressionnisme en détail. Au début du mouvement, à partir de 1860, ce nouveau mode d’expression fit scandale. Les traces de pinceaux, la représentation de la lumière, les scènes de la vie quotidienne choisies, tout heurtait la sensibilité de leurs contemporains. Le célèbre Déjeuner sur l’Herbe de Manet a lui seul fit un scandale monstre car il osait représenter une femme nue dans une situation prosaïque, non fantasmée.  Les impressionnistes, comme Monet, Renoir, Pissaro, Cézanne, Berthe Morisot, Van Gogh (que j’inclue dans le mouvement même si c’est débattu) connurent successivement la rejection, la moquerie, l’acceptance progressive, l’admiration, et aujourd’hui des foules se pressent à l’ouverture des expositions qui leur sont consacrées.

               « Etonnante peinture sans dessin et sans bord. Cantique sans paroles… où l’art…sans le secours des formes…sans anecdote…sans fable… sans allégorie… sans corps et sans visage… par la seule vertu des tons… n’est qu’effusion… lyrisme où le cœur se raconte… se livre… chante ses émotions »

Louis Gillet à propos des Nymphéas, citation recopiée à Marmottan

                Ce que j’aime chez les impressionnistes, c’est leurs efforts d’exprimer, de faire ressortir leurs impressions intérieures. Tous ces tableaux diffusent de l’intimité, par le choix des sujets représentés, des scènes de vie quotidienne, des paysages de campagne ou de ville. Leur beauté si particulière se cristallise dans leur pouvoir de suggestion. Loin de représenter la réalité, les impressionnistes arrivent à saisir et à représenter l’essence du moment qu’ils peignent, l’impression laissée par la scène sur leur esprit, traduite en peinture. C’est ce processus qui me plait tant. Mais laissez moi vous l’illustrer avec Monet, mon préféré de tous.

Champs d’Iris à Giverny, 1887

                Un de mes tableaux préférés de Monet est le Champs d’Iris Jaune à Giverny. Ce tableau de 1887 n’est ni le plus connu, ni le plus admiré et pourtant, il encapsule tout le génie de Monet. Ce tableau est divisé en quatre bandes de couleurs qui représentent les iris, le champ, la lisière d’arbres à la bordure, et le ciel. Sur ce tableau, simple aux premiers abords, je perçois le vent qui agite les iris et pousse les nuages qui, sous les coups de pinceaux, gagnent une densité, un relief qui leur imprime le mouvement. A le regarder, je suis immédiatement transportée dans ce champ, par une journée froide et venteuse d’un début de printemps. Il n’y a pas de dessins, pas de contours, et pourtant la vitalité de la scène saute aux yeux. La délicatesse des arbres au loin, à peine suggérée par quelques traits verts est touchante. Je ne suis pas surprise que la Japon ait eu autant d’influence sur lui, car je reconnais cette même abstraction, cette même tension entre l’attention au détail et l’appartenance à l’ensemble.

                Les glycines de Monet sont époustouflantes de finesse. Les fonds violets sont à la fois des monochromes et une explosion de nuances. Ici aussi les glycines prennent vie à travers les différentes couleurs et les mouvements du pinceau, vivantes, mais à peine suggérées. Monet réussit à capter l’éphémère, le mono no aware qui, aussitôt transposé, disparait. Les nuances de chaque instant sont représentées encore et encore dans ses différentes versions des nymphéas ou du pont de son jardin à Giverny. Tout n’est que variation de tons et de lumières. La mare réfléchit le ciel, devient ce miroir béant qui s’ouvre vers un autre monde, sans frontières.

Nymphéas, reflets de saule (C Monet - W 1860) | Huile sur ...
Une des versions de Nymphéas Reflet de Saule

               Un de ces tableaux plus abstrait est Nymphéas Reflets de Saule. Les nymphéas sont ici à peine visibles, le saule est représenté par ses reflets à la surface de la mare, par ces grands mouvements de violet, de mauve et de vert. Comparé à d’autres versions, celle-ci est floutée, la mare disparait dans la suggestion et seule est peinte son impression, son essence. Un canevas transparent sur lequel s’imprime l’atmosphère du moment, à chaque fois renouvelée. Sur cette surface s’impriment les alentours, les arbres et les nuages plongent et sont sublimés non pas dans leur contemplation directe, mais dans l’impression changeante qu’ils projettent sur l’eau.

                Je finirai par une citation de Monet, qui nous rappelle qu’encore une fois le plus important n’est pas ce que l’on voit directement:

Un paysage, pour moi, n’existe pas en tant que paysage puisque l’aspect en change à chaque moment, mais il vit par ses alentours, par l’air et la lumière qui varient continuellement. Pour moi, ce ne sont que les alentours qui donnent la véritable valeur au sujet

To express Impressions

A visit to the impressionists in Parisian museums

                I’m not a big painting fan. Often, paintings arouse few emotions in me, they have at best a historical, pictorial, sometimes even comical, interest, but remain impenetrable. But impressionists, especially Monet, succeeded in awakening a sensibility for painting that I thought was buried definitely. Over the course of two stays in Paris, I took the time to visit the Marmottan Museum, where are shown most Monet’s works, and recently the Louis Vuitton Foundation, hosting an exhibit of impressionists’ paintings of the philanthropist and art enthusiast Courtauld.  

Lunch on the grass, Manet

               I do not know art history sufficiently to try and explain impressionism in detail. At the beginning of the movement, from the 1860’s, this new mode of expression was scandalous. The paint brushes, the representation of lights, the daily life scenes represented, everything disturbed their fellows’ sensibility. The famous Lunch on the Grass of Manet alone created a big scandal because it dared represent a naked woman in a prosaic, mundane situation. Impressionists, such as Monet, Renoir, Pissaro, Cézanne, Berthe Morisot and Van Gogh (who I include in the movement, although it is up for debate) knew successively rejection, mockery, progressive acceptance, admiration, and today crowds hurry at the opening of their exhibits.

“Surprising painting without drawing or borders. Hymn without lyrics…where art…without the rescue of forms…without anedocte…without fable…without allegory…. without a body or a face…by the sole virtue of tones…is nothing but effusion… lyrism where the heart tells… confides…sings its emotions”

Translated from a quote found in Marmottan from Louis Gillet

               What I like with the impressionists is their efforts to express, to release their inside impressions. All of their painting’s diffuse intimacy, by the choice of their subjects, scenes from their daily lives, urban or natural landscapes.Their peculiar beauty crystallizes itself in their power of suggestion. Far from representing reality, impressionists succeed in grasping and representing the essence of the moment they paint, the impression left by the scene on their mind, translated in painting. It is this process I like so much. But let me illustrate this with Monet, my favorite of all.

Iris Field in giverny, 1887

                One of my favorite paintings from Monet is the Field of Yellow Iris at Giverny. This painting from 1887 is neither the most famous, nor the most admired and nevertheless, it contains all of Monet’s genius. This painting is divided in four strips representing irises, the field, the hedge of trees and the sky. Simple at first glance, but I can see perfectly the wind agitating the flowers and pushing away the clouds which, under the brush strokes, gain a density, a depth creating movement. Watching this, I am immediately transported in this field, by a cold and windy day at the beginning of spring. There are no drawings, no edge, but the vitality of the scene jumps at you. The delicateness of the trees in the distance, barely suggested by a couple of green strokes, is touching. I am not surprised that Japan had so much influence on him, I recognize the same abstraction, the same tension between attention to details and the overall composition.

               Monet’s wisterias are breathtakingly subtle. The violet backgrounds are both monochromes and an explosion of nuances. Here too the wisterias come to life through the different colors and the movements of the brush, alive, but barely suggested. Monet succeeded in capturing the ephemeral, the mono no aware which disappears as soon as it is transcribed. The nuance of each instant is represented again and again in his different versions of the nymphaea’s or the Giverny Bridge. All is solely variations of lights and tones.

Nymphéas, reflets de saule (C Monet - W 1860) | Huile sur ...
One of the version of Nymphaeas with willow tree reflection

               One of the most abstract painting is Nymphaeas, Willow tree Reflection. The nymphaeas are here barely visible, the willow tree is represented by reflections on the pond, by these big violet, mauve or green movements. Compare to other versions, this one is flouted, the pond disappears in its suggestion, and only its essence, its impression, is painted. The pond reflects the sky, becomes this huge mirror opening to another world, without frontier. On this surface are imprinted the surroundings, the trees and clouds dive and are sublimated, not in their direct contemplation, but through the changing impression they project onto the water.

                I will end with a quote from Monet, reminding us that once again the most important is not what we see directly:

A landscape, for me, does not exist as a landscape since its aspect changes at each instant; it lives by its surroundings, by the air and the light continuously changing. For me, it is only the surroundings that grant its true value to the subject

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