« Rien ne se perd, rien ne crée, tout se transforme »

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                Je n’ai rien écrit depuis des mois sur ce blog car j’étais trop occupée à digérer l’avalanche d’évènements personnels de ces trois derniers mois. C’est étrange comment la vie peut changer si radicalement en un court laps de temps.

Sur le départ

                Il y a trois mois j’étais en France, en couple, au chômage, avec ma famille, mes amis et ma ville natale. Aujourd’hui je suis seule dans un grand appartement encore vide à Libreville, au Gabon, dans un pays où je ne connais rien ni personne, pour un nouveau travail comme chargée de projets agriculture et forêt.

                Perdre pour gagner. Parfois la vie prend des tours inattendus, et les changements ne sont jamais sans douleur. Aujourd’hui je regarde les trois derniers mois écoulés et je suis choquée du nombre de choix difficiles que j’ai eu à faire, des chemins inconnus que j’ai choisi d’emprunter, sans aucune certitude, sans autre garantie que ma conviction personnelle que les choix que je faisais étaient les bons.

                Parfois il faut accepter de perdre. Depuis des années, j’ai sans cesse accepter de partir loin, de perdre pour quelques mois, quelques années, mon pays, ma langue, mes amis et ma famille. Il y a trois mois, je pensais en avoir fini, je pensais être prête à m’enraciner, à rester enfin chez moi. J’avais seulement envoyé deux candidatures à l’étranger, et des dizaines en France. Et pourtant, quand j’ai reçu ce seul et unique email pour un entretien pour un poste au Gabon, la machine s’est remise en branle, et me voilà à Libreville trois mois plus tard, seule.

Nouvelle vue, nouvelle vie

                C’est étrange de se dire qu’un email suffit pour changer le cours de toute une vie. Cet email est devenu une offre d’emploi, et cette offre d’emploi est devenue un premier poste. Ce premier poste m’a entrainé en Afrique, et pour y aller j’ai accepté de perdre un amour, de laisser derrière moi mes amis et ma famille pendant deux années. Entre la prise de décision et le départ définitif, j’ai eu trois mois. Trois mois pour dire adieux. Bien que ce fut mon choix conscient, j’y ai perdu beaucoup. Je suis allée en Jamaïque trois semaines juste pour dire adieux à quelqu’un qui comptait énormément pour moi. J’ai monté une association, un projet, avec un ami pendant deux ans pour ensuite partir au moment où il se concrétisait. A Toulouse j’ai profité de chaque instant avec mes amis chéris, tout en réalisant que chaque jour me rapprochait inexorablement du jour où je devrais ensuite les quitter. Et pourtant, j’ai fait le même choix que je fais toujours ; je suis partie.

                Qu’ai-je à y gagner ? Souvent je me suis demandée pourquoi même je m’en allais, pourquoi même je quittais les gens que j’aimais, la vie que j’aimais, sur un vague pari pour un inconnu lointain. Ce n’est pas facile de tout lâcher pour un gain futur encore incertain. J’ai misé gros sur ce choix de m’expatrier pour gagner de nouvelles compétences professionnelles, mais pour l’instant il est encore impossible de dire ce que j’y ai gagné. Mais ça va, je me dis que parfois il faut accepter de parier gros, de prendre des risques si le cœur nous en dit. Même si je me sens seule, même si les pertes pèsent lourd.

                Aujourd’hui, dans notre monde, je ne suis pas la seule à être confrontée à ces choix difficiles, à la douleur du départ, je ne suis pas la seule à perdre beaucoup dans l’espoir de gagner plus. Alors, pour tous les gens dans ma situation, je repense à cette phrase du chimiste français Lavoisier ; « Rien ne se perd, rien ne crée, tout se transforme ». Il faut se convaincre résolument qu’à travers ces choix, nous ne perdons ni ne créons rien, nous transformons juste nous-même et notre réalité. L’énergie se conserve, la matière se conserve, les gains et les pertes s’équilibrent. Tout autour de moi a changé et je suis toujours là, debout et défiante. Je continue de me dire que ce que j’ai perdu me reviendra, sous une autre forme peut-être, mais ça reviendra.

« Nothing is lost, nothing is created, everything is transformed »

                I haven’t written anything on this blog for the last few months because I was too busy processing the flow of personal events of these last three months. It is strange to think that life can change so radically in such a short time.

                Three months ago, I was in France, in a relationship, with my family, my friends and my hometown. Today I am alone in this big, still empty, apartment in Libreville, in Gabon, a country where I know nothing and no one, for a new job as project manager in agriculture and forestry.

Leaving

                To lose to gain. Sometimes life takes unexpected turns, and changes are never painless. Today, I look at the last three months and I am shocked at the sheer number of difficult choices I had to make, at all the unknown paths I chose to follow, without any other guarantee than my personal conviction that I had made the right choice.

                Sometimes, you must accept to lose. For years, I have accepted to move far away, to lose for some months, for some years, my country, my language, my friends and my family. Three months ago, I thought I was done, I thought I was ready to root myself, to finally stay home. I sent only two applications abroad, and dozens in France. And yet, when I received this one and only email for an interview for a position in Gabon, the gears started grinding again and here I am, in Libreville three months later, alone.  

New view, new life

                It is strange how one email is enough to change a whole life course. This email became a job offer, and this job offer became a first job. This first job brought me to Africa, and to get there, I accepted to lose a soulmate, to leave behind friends and family for two years. Between the moment I made the choice and the actual departure, I had three months. Three months to say goodbye. Although it was a conscious choice, I lost a lot. I went to Jamaica three weeks only to say goodbye to someone who meant the world to me. I founded an association, created a project with a friend only to leave the moment it got real. In Toulouse, I enjoyed each and every moment with my dear friends, while knowing that each day that passed brought me closer to the moment I would leave them. And yet, I made the same choice I always make; I left.

                What am I gaining in all of this? Often, I wondered why I even left, why I even left the people I love, the life I love, all lost on a vague bet on an unknown. It is not easy to let go of everything on an uncertain future gain. I invested a lot in this choice to leave in order to gain new professional skills, and for now it is still impossible to tell what I have gained. But its okay, I tell myself sometimes you must accept to lose a lot, to take risk. Even if I feel lonely, even if the loss digs deep inside my chest.

                Today, in our world, I am not the only one confronted to these difficult choices, to the pain of departure, I am not the only one to lose a lot in the hope of gaining more. So, for all the people in my situation, I think again about the sentence of the French chemist Lavoisier; “Nothing is lost, nothing is created, everything is transformed”. We must convince ourselves that through those choices, we neither lose nor create anything, we merely transformed ourselves and our reality. Energy is conserved, matter is conserved, gains and losses balanced themselves out. Everything around me has changed, yet I am still there, standing up, defiant. I keep telling myself what I have lost will come back to me, in some other ways maybe, but it will come back.